Commentaire

«Pays Epstein» et «Etat des mollahs»

Pourquoi le monde nous qualifie de «pays Epstein»

par Robert Seidel*

(8 mai 2026) Faut-il y voir de la pure propagande lorsque l’«Occident vertueux» est dénigré dans d’autres régions du monde en tant que «pays Epstein»? – Bien sûr que c’est de la propagande. – Tout comme c'est de la propagande de qualifier l'Iran d'«Etat des mollahs». Alors qu'une sorte de théocratie règne effectivement en Iran, le lecteur averti a du mal à comprendre ce que recouvre le terme «pays Epstein». Pourquoi «pays Epstein»? Qu'avons-nous à voir avec Epstein? Dans les pays du Moyen-Orient et du Sud, on voit apparemment les choses différemment.

Aujourd’hui «Epstein» est devenu synonyme de la corruption politico-financière et inhumaine des élites dirigeantes occidentales. Sauf en Occident même. – D’où ce rappel.

ISBN: 978-3-98992-147-4

Des contacts jusqu’au sommet

Les «dossiers Epstein» ont révélé entre-temps que Jeffrey Epstein «entretenait» un réseau de contacts s’étendant jusqu’aux cœurs des centres de décision politiques, économiques et scientifiques.1 Par l’intermédiaire d’«amis», Epstein était informé des plus grandes transactions – dans le monde entier.2 Il avait accès à des documents strictement confidentiels en tant qu’initié.3 Grâce à ses «contacts», Jeffrey Epstein pouvait influencer, voire initier, diverses décisions et évolutions au sein de gouvernements, de grands groupes ou d’institutions.4 Epstein en a tiré d’énormes avantages pour lui-même et son entourage, sans aucun scrupule moral.

Choquée, Nancy Mace, une députée du Congrès américain, a déclaré, après avoir eu l’occasion de consulter les dossiers Epstein non caviardés février 2026, qu’il y avait tant de politiciens influents impliqués qu’il n’y aurait guère de conséquences sérieuses.5

Qui était Jeffrey Epstein?

Jeffrey Epstein n’était pas n’importe qui. Pour décrire son champ d’action, mentionnons trois relations tirées de sa correspondance électronique. – Dans un courriel adressé à Peter Thiel (Palantir), il s’est présenté comme le représentant de l’influente famille de banquiers Rothschild. – L’un des proches d’Epstein était le futur Premier ministre israélien Ehud Barak. Il a été l’un de ses formateurs au Mossad. – Avec ce dernier et Peter Thiel, il a investi dans des entreprises israéliennes du secteur de la surveillance et de l’espionnage. Des entreprises dont les produits sont aujourd’hui utilisés à Gaza et au Liban.6

Un réseau criminel mondial

La vaste correspondance électronique d’Epstein se lit comme un «Who’s Who» des élites occidentales. Parmi ses contacts par courriel figurait par exemple le «philanthrope» Bill Gates, qui exerce une influence considérable sur l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Avec lui, il discutait non seulement de sujets privés, mais aussi de thèmes tels que les pandémies et les vaccinations – et ce, bien avant la pandémie de Covid.7 Les activités d’Epstein s’étendaient jusqu’au siège de l’OMS à Genève.

Mais justement, cela serait déjà suffisamment alarmant en termes de corruption: un réseau de relations échappant à tout contrôle démocratique et qui s’étend jusqu’aux plus hautes sphères décisionnelles. Un échange de faveurs au profit mutuel, au détriment d’autrui.

Abusées, mises enceintes et assassinées

Dans les médias, le «scandale Epstein» a été déclenché par des informations selon lesquelles des mineures auraient été mises enceintes, séquestrées et, pour certaines, assassinées sur son île privée. Ce qui est piquant, c’est qu’Epstein était un hôte très apprécié des élites occidentales – précisément sur cette île. A l’aide de caméras et de microphones cachés, Epstein et, par conséquent, ses commanditaires se sont procuré une vaste collection de matériel de chantage sur des personnalités de premier plan.

Même après qu’il a été établi judiciairement en 2008 que Jeffrey Epstein abusait de mineures, les visites chez lui se sont poursuivies. La même année, pendant sa «peine» résultant d’un accord à l’amiable, il a pu exercer ses activités sans trop d'entraves.

Trop d’«accidents» et de «suicides»

Dans le cadre de l’enquête sur l’affaire Epstein, des incohérences étonnantes se sont produites et continuent de se produire, comme par exemple un taux élevé de «suicides» et d’«accidents». Des témoins importants sont victimes d’accidents tragiques, d’autres reviennent sur leurs déclarations. Puis, la complice criminelle de Jeffrey Epstein, Gislaine Maxwell, une fille du magnat des médias Robert Maxwell, purge une courte peine de détention privilégiée et luxueuse. Des personnes issues de l’entourage direct de Donald Trump ont fait en sorte que ses conditions de détention soient exceptionnellement améliorées.8

Des parallèles avec l’affaire «Dutroux» en Belgique ou d’autres scandales d’abus non élucidés impliquant des personnalités politiques et juridiques de haut rang sautent aux yeux. Là aussi, un nombre suspect de témoins et d’anciennes victimes sont morts ou ont disparu.9

La question de savoir comment et où les mineurs ont été recrutés pour l’entourage d’Epstein, et s’ils sont encore en vie, reste en suspens.

Pour une poignée de milliardaires …

Les imbrications internationales du système Epstein jusqu’aux plus hautes sphères décisionnelles de l’Occident en disent long sur l’état des pays concernés.

Citons ici à titre d’exemple quelques contacts européens, tels que le Norvégien Borg Brende, qui a dirigé le Forum économique mondial (WEF), Thorbjørn Jagland, ancien chef du gouvernement norvégien, ex-secrétaire général du Conseil de l’Europe et ancien membre du Comité Nobel, l’ambassadrice norvégienne Mona Juul et son mari, qui ont notamment accompagné les négociations des Accords d’Oslo entre Israéliens et la Palestiniens. L'ancien chef de cabinet du gouvernement britannique Morgan McSweeney, son compatriote Peter Mandelson, ancien ministre britannique, ancien commissaire européen et, à la fin de sa carrière, ambassadeur aux Etats-Unis jusqu'en 2026, le président français Emmanuel Macron, l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, mais aussi l'ancienne présidente suédoise du HCR, Joanna Rubinstein. Ce ne sont là que quelques noms issus du monde politique; les relations d’Epstein avec ses contacts étaient parfois très étroites (visites sur l’île) ou passaient par des intermédiaires. (Epstein disposait d’un réseau tout aussi étendu dans les domaines de l’économie, des sciences et de la culture).

Les décisions politiques et économiques concernant le bien-être de millions de personnes dépendent de réseaux de relations composés de personnes complaisantes, corrompues ou susceptibles d’être victimes de chantage. Le concept de «pays Epstein» prend forme.

Donald Trump et Jeffrey Epstein se sont croisés dans les années 1980. Leur cercle d’amis et de connaissances présentait de nombreux recoupements. Il comprenait également des soi-disant adversaires politiques, comme les Clinton, qui entretenaient eux-mêmes de multiples contacts avec Jeffrey Epstein. Certaines personnes issues de ce recoupement occupent aujourd’hui des fonctions importantes dans l’entourage politique de M. Trump.10

et Trump au cœur de tout cela

La promesse de campagne de Donald Trump de rendre public la totalité des dossiers Epstein s’est avérée n’être que du vent. Au contraire. La majeure partie des dossiers reste classée confidentielle, et les documents rendus publics sont en grande partie caviardés. Et Trump n’autorise plus aucune enquête officielle.

«Epstein»? Qui étaient ses commanditaires? Dans quelle mesure ces structures existent-elles encore aujourd’hui? Un examen officiel des liens et des transactions se fait toujours attendre. Quelques sacrifices de personnes ont été effectués dans divers pays européens et une brève perquisition a été menée dans une succursale de la banque Rothschild.11 C’est tout. Le réseau international perdure. Tout le monde se couvre mutuellement. Les enquêtes sont sabotées, activement entravées ou ne sont tout simplement pas ouvertes. Le terme «pays Epstein» prend tout son sens.

«Perfide» au regard du droit international

Aujourd’hui, certains des «pays Epstein» mènent une guerre d’agression contre l’Iran, en violation du droit international. (La motivation remonte au réseau d’Epstein.12) Contraire au droit international, entre autres parce qu’à la fin du mois de février – en plein milieu des négociations avec l’Iran – l’une des parties aux négociations, à savoir les Etats-Unis, a lancé une attaque militaire surprise et tiré des missiles sur les dirigeants iraniens. – En plein milieu des négociations. – En droit international, ce comportement est qualifié de «perfide». – Qui a pris cette décision, pourquoi, et qui y a participé? Des «Pays Epstein».

Il apparaît clairement que ni les responsables gouvernementaux des Etats-Unis ni ceux d’Israël ne se sentent liés par les règles et les lois que le monde s’est forgées au cours des 500 dernières années.13 Et à leurs côtés, bien que dissimulés par les médias, les responsables gouvernementaux de Grande-Bretagne, de France et d’Allemagne.14 Faut-il s’en étonner?

On tire profit à la fois du financement des guerres par le biais de crédits (pour l’achat d’armes, d’équipements, de soldes, etc.) et des crédits nécessaires au financement de la reconstruction.15 Les simples citoyens paient le tout, dans certains cas de leur vie, mais certainement par le biais d’impôts, de taxes et de prestations sociales manquantes. En fin de compte, tout cela uniquement pour accroître la richesse criminelle d’une poignée de personnes.

Jésus-Christ ou Gengis Khan

Le fait que cette guerre soit contraire au droit international et que des crimes de guerre soient commis en permanence n’empêche pas les responsables gouvernementaux des Etats occidentaux de poursuivre ou de soutenir ces guerres.16 Ils ne sont pas non plus freinés par leurs parlementaires ou leurs juges.

Cela ébranle les fondements mêmes de la société. Le droit et la loi, mais aussi la loyauté et la bonne foi, sont bafoués. En Occident, c'est la loi du plus fort, du plus rusé, qui prévaut. La comparaison que le Premier ministre israélien Netanyahou établit entre Jésus-Christ et Gengis Khan est tout à fait pertinente.17 Gengis Khan, le vainqueur – Jésus, le perdant. Cette comparaison est révélatrice de la mentalité qui règne dans ces cercles.

«Pays Epstein»

Alors que les mollahs sont soumis à des lois et règles religieuses, dont on peut certes débattre, l’Occident des valeurs se soumet à la loi du plus fort – et il s’agit manifestement de réseaux criminels. – Justement les «pays Epstein».

* Robert Seidel est auteur indépendant pour le «Point de vue Suisse».

(Traduction «Point de vue Suisse»)

1 Cf. https://de.wikipedia.org/wiki/Jeffrey_Epstein, (état au 27 avril 2026)
Les recherches menées dans les «dossiers Epstein», publiés à ce jour et en grande partie caviardés, ne cessent de mettre au jour de nouveaux liens scandaleux. Mais ce ne sont pas les procureurs des Etats concernés qui s’engagent en première ligne dans le traitement juridique de l’affaire, mais les journalistes d’investigation. Ce sont eux qui poussent les autorités chargées de l’enquête à agir. Parallèlement, l’affaire ne semble plus présenter d’intérêt pour la majorité des médias subventionnés par l’Etat.

2 Informations privilégiées, par exemple sur la guerre en Ukraine, les obligations d'Etat de l'UE, la planification en cas de pandémie, le Proche-Orient

3 Par exemple https://de.euronews.com/2026/02/11/epstein-affare-frankreichs-aussenminister-schaltet-die-justiz-gegen-diplomaten-ein, 11 février 2026

4 Par exemple, la crise financière en Grèce en 2012: https://www.journal21.ch/artikel/die-krise-2010-2015-im-licht-der-epstein-files, 4 mars 2026

5 Cf. Nancy Mace, https://www.instagram.com/p/DUtYOpzFB1k/?img_index=2&igsh=ejF4eHJyaGxwOGpj, 13 février 2026

6 Cf. https://corbettreport.substack.com/p/israeli-spying-after-epstein, 22 février 2026

7 Cf. https://sayerji.substack.com/p/what-bill-gates-knows, 25 février 2026

8 Stefan Magnet, https://auf1.tv/stefan-magnet-auf1/ueber-jahrzehnte-erpressung-haelt-die-eliten-auf-linie-system-epstein-teil-4, 16 avril 2026

9 Cf. https://swprs.org/geopolitik-und-paedokriminalitaet/

10 Cf. Collin McMahon. Die Akte Epstein. Rottenburg, déc. 2025,
cf. Stefan Magnet, https://auf1.tv/stefan-magnet-auf1/ueber-jahrzehnte-erpressung-haelt-die-eliten-auf-linie-system-epstein-teil-4, 16 avril 2026

11 https://sayerji.substack.com/p/rothschild-bank-raided-the-un-diplomat, 25 mars 2026

12 Cf. Alex Krainer, «From Epstein to Iran: Ghost Files Reveal Unreleased Millions and Rising Global Danger», https://www.youtube.com/watch?v=3f8Br4WGRRk,
5 février 2026,
cf. https://phantompain1984.substack.com/p/kushner-porn-netanyahu-slept-in-jareds, 27 mars 2026

13 Cf. par exemple Droit international, https://ome-lexikon.uni-oldenburg.de/begriffe/voelkerrecht

14 Contrairement aux déclarations officielles, les gouvernements cités soutiennent indirectement la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran et le Liban, en violation du droit international, en fournissant des armes (Allemagne, France, Royaume-Uni), des données de renseignement (Royaume-Uni, France), un soutien maritime (Royaume-Uni, Allemagne, France) ou en mettant à disposition leurs bases (Royaume-Uni, Allemagne).

15 Cf. https://deanderekrant.nl/oorlog-en-vrede-als-verdienmodel/, 9 avril 2026

16 Bombardements d’écoles, d’universités, d’hôpitaux, de centrales électriques et d’usines de dessalement par les Etats-Unis et Israël.

17 «L’histoire prouve que Jésus-Christ n’a malheureusement aucun avantage sur Gengis Khan» … «Nous devons être forts. Nous devons être armés. Nous devons être plus puissants que les barbares, sinon ils ne se contenteront pas d’être à nos portes; ils détruiront nos portes et anéantiront nos sociétés ». (Cf. https://www.newsweek.com/netanyahu-jesus-christ-genghis-khan-remarks-11710457, 20 mars 2026). Depuis que Netanyahou a pris conscience du tort qu’il cause à son image avec cette déclaration, il tente constamment de la relativiser.

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